Le genocide armenien


 

 

 




Un jour dans la vie de Mervat


Alexandrie. (Photo: Anne-Marie Impe)

Par Alexandre Buccianti

Mervat fait des ménages dans les quartiers résidentiels du Caire. Dur labeur, débrouille et dépenses parcimonieuses.
Le quotidien du « peuple d’en bas ».

Il est cinq heures, l’heure de l’appel à la prière. Les haut-parleurs de la mosquée déversent leurs tonnes de décibels sur al-Zakat, une bourgade rurale au nord-est du Caire qui, depuis une dizaine d’années, a été dévorée par la mégapole insatiable. Pour les croyants, c’est le moment de prier et pour les indigents, celui de se réveiller en sursaut. Après avoir fait quelques invocations pour qu’Allah lui accorde une « journée verte », Mervat réveille sa fille aînée Sanéya. Elle doit l’aider à préparer le petit-déjeuner de ses 5 frères et sœurs. Du foul (fèves cuites à petit feu), arrosé d’un peu d’huile et du pain baladi (1). Coût total : 3 livres égyptiennes (LE) (2). Aujourd’hui, c’est même jour de bombance, puisqu’on écrasera deux œufs durs à 0,25 LE pièce dans le foul et qu’on pourra compléter le repas par un bout de fromage arich (3) à 1 LE. Si Mervat s’offre ce luxe, c’est parce qu’on est samedi. Hier, c’était le jour du Seigneur et elle a fait deux ménages qui lui ont rapporté 60 livres. Lundi et mardi, c’était par contre la disette, faute de clients. Mervat et sa famille vivent en-dessous du seuil de pauvreté, fixé par les institutions internationales à un
dollar par jour et par personne. Il est vrai que Mervat a accumulé les coups du sort. « Le mauvais œil sans doute ». Son premier mari l’a laissée veuve à 18 ans, avec 3 enfants en bas âge. Pour « lui apporter le soutien d’un homme », son beau-frère l’a épousée. Il lui a fait 3 autres enfants, des filles, avant de la répudier et de faire main basse sur la maison en pisé que lui avait léguée son frère. « Il m’a jetée dans la rue comme une chienne, d’autant plus facilement que je ne lui avais donné que des filles », raconte Mervat, sans même se mettre en colère. Elle n’en a pas les moyens, et elle est trop fatiguée.


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