Le genocide armenien


 

 

 




L’islam du désenchantement

Par Charles Onians


Photo: Charles Onians

La religion musulmane a pris le relais du nationalisme nassérien. Son essor reflète la panne du développement économique, l’impasse politique et l’hostilité à l’égard des Etats-Unis.

Le Caire est la ville de toutes les contradictions, depuis son architecture pharaonique dominée par des antennes paraboliques jusqu’à ses habitants, de plus en plus conservateurs, qui désirent et méprisent tout à la fois le mode de vie occidental.
Si vous déambulez dans le centre, plongé dans le smog, vous verrez des femmes vêtues d'un long hijab (voile islamique) de style saoudien passer devant des vitrines remplies de lingerie coquine. Le port du voile se généralise, mais il en va de même pour le jeans moulant. Et si vous vous échappez du tohu-bohu du centre de la ville, vous rencontrerez très probablement, dans l’embrasure d’une porte dérobée, un jeune homme vendant des cassettes vidéo piratées. Là, à côté de Matrix et des grands classiques hollywoodiens, vous trouverez l’article le plus recherché l’année dernière : des séquences vidéo, secrètement filmées, de la chanteuse et danseuse du ventre Dina lors de moments intimes partagés avec son mari. La capacité qu'ont les Cairotes à résoudre ces contradictions flagrantes est fascinante !
Arrivé au pouvoir avec la révolution de 1952, Gamal Abdel Nasser, au nom de l’idéologie nationaliste socialiste arabe, essaya sans succès d'éradiquer un islam politique en plein essor et de le remplacer par une identité nationaliste. Les groupes populaires islamistes sont présents en Egypte depuis le début du vingtième siècle. Ils émergèrent en grande partie en réaction à l’effondrement de l’Empire ottoman et aux politiques laïques de leaders tel que Kemal Atatürk en Turquie. Au départ, des mouvements comme les Frères musulmans se préoccupaient davantage d’éducation religieuse que de politique et cherchaient un retour aux valeurs islamistes pour contrer une laïcisation qui gagnait du terrain. Cependant, lorsqu’ils bénéficièrent d’un appui populaire croissant, ils se politisèrent davantage. A la fin des années 1940, les Frères musulmans voulaient la charia (loi canonique islamique) comme base de toute législation.


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