Le genocide armenien


 

 

 




Les anges gardiens

Par Olivier Bailly

Deux volontaires des PBI (l’une canadienne, l’autre belge) avec des manifestants à Acapulco (Mexique, 2001). Photo: Andrew Miller

Depuis plus de vingt ans, les Brigades de paix internationales (PBI) accompagnent des défenseurs des droits humains, victimes de menaces et d’intimidation. La présence des volontaires sur le terrain est, pour ces derniers, une réelle assurance-vie, mais elle permet aussi d’activer un vaste réseau de contacts dès qu’un défenseur est pris pour cible.
En juin dernier, l’Union européenne a publié des lignes directrices visant à protéger ces « anges gardiens ».
Les PBI sont bien décidées à veiller à leur application.


Mario Calixto, président du Comité des droits humains de Sabana de Torres, une petite localité du centre de la Colombie, se souviendra probablement toute sa vie de cette soirée de décembre. Deux hommes armés font irruption à son domicile. Ils l’intimident, le menacent et enfin l’« invitent » à les suivre, une politesse fréquemment utilisée en Colombie pour tuer un défenseur des droits humains.
La suite logique aurait dû être un corps criblé de balles, abandonné sur les bas-côtés d’un sentier. Mais deux observateurs internationaux des Brigades de paix internationales accompagnent Mario Calixto depuis quelques semaines. Ils interviennent et demandent aux agresseurs de partir, ce qu’ils feront, manifestement inquiets des conséquences de leurs agissements commis en présence d’observateurs internationaux. Après cet incident, Mario Calixto et sa famille ont été contraints de déménager vers une autre région de Colombie, mais ils sont vivants, un point positif dans un pays où des dizaines de défenseurs des droits humains, de syndicalistes ou de journalistes sont tués chaque année (1).
Les PBI sont nées en septembre 1981, lorsque dix militants pour la paix, inspirés par l’idéal des Quakers et l’enseignement de Ghandi, décidèrent de créer une organisation qui se consacrerait à l’intervention non armée dans les situations de conflit (2), en mobilisant des volontaires chargés d’accompagner des défenseurs des droits humains, en premier lieu les groupes non violents issus de la société civile. Vingt-quatre ans plus tard, le rêve est devenu réalité (3).
Actuellement, les PBI déploient une soixantaine de volontaires à travers le monde, dont le contingent le plus important, 40 personnes, se trouve en Colombie. « Aujourd’hui, nous avons des équipes au Guatemala, au Mexique, en Colombie, en Indonésie et nous sommes sur le point de lancer une nouvelle équipe au Népal, précise Pascale Boosten, du bureau européen des PBI basé à Bruxelles. Nous avons pour ce faire réalisé une mission exploratoire en août 2004. On souhaiterait évidemment s’installer là-bas avec un statut légal, statut dont par exemple nous disposons en Colombie depuis 1994. »
En général, avant de s’engager dans un pays, les PBI suivent une procédure précise. Les demandes venues de syndicats, d’associations de femmes ou encore d’ONG, sont soigneusement examinées. La prise de risque est calculée : il faut clairement identifier les enjeux des parties en conflit et s’assurer que les groupes armés sont attentifs à leur image internationale. La stratégie de dissuasion utilisée par les PBI n’est pas applicable à tous les types de conflits et doit être constamment révisée en fonction de l’évolution du contexte politique. Cette démarche prudente et rigoureuse vise aussi à protéger la sécurité des volontaires : en 24 ans d’existence, aucun activiste de cette association n’a été assassiné.

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