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Le roman offre souvent une clé idéale
pour accéder à la compréhension des sociétés.
Comme le cinéma, avec lequel il entretient des rapports étroits,
cette forme d’expression s’est aujourd’hui acclimatée
un peu partout. Mais toutes les cultures n’ont pas la même
capacité à se réapproprier la fiction romanesque.
Dans l’aire arabe, c’est l’Egypte qui a, incontestablement,
le mieux réussi dans cette entreprise. Les raisons en sont complexes.
Dans la région, le pays des pharaons est celui où la construction
étatique est la plus ancienne ; or, qui dit Etat dit clercs, scribes,
donc des bataillons d’écrivains en puissance… Plus
récemment, le régime issu du coup d’Etat de juillet
1952 a encore renforcé cette osmose entre Etat et intellectuels,
mais aussi muselé l’expression politique et contrôlé
étroitement les moyens plus directs de production du savoir social
(presse, université…), contribuant ainsi à faire de
la fiction un vecteur privilégié de l’expression des
problèmes sociaux et des revendications de réforme. A cet
égard, l’Egypte de la seconde moitié du XXe siècle
fait irrésistiblement penser à la Russie tsariste –
et ce n’est pas un hasard si les romanciers égyptiens, toutes
générations confondues, vouent une admiration particulière
à leurs grands devanciers russes, les Dostoïevski, Tchekhov,
Tolstoï…
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