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Une favela peut en cacher une autre
Par Gaëlle Rony

A Rocinha 2, Cidade de Deus, « favela de la
favela » , il n’y a pas d’égout, pas d’eau
courante, pas de goudron dans les rues. Tony Barros.
Rio de Janeiro est connue pour ses plages,
son carnaval et ses « quartiers interdits », dominés
par la drogue et la violence. Connue ou caricaturée ? Dans les
favelas, de la Cidade de Deus à la Baxaida, des habitants se battent
pour gagner un salaire décent, scolariser leurs enfants et améliorer
leur cadre de vie. Leur détermination appelle un autre regard.
Reportage.
Romuldo, 34 ans, casquette et gestes lents,
s'applique à repousser les clous, les planches et les tôles,
débris de sept baraques. Il habite en face et ses cinq enfants
pourraient s'y blesser. Autour,
1 500 logements de bric et de broc tentent d’abriter 5 000 personnes.
A Rocinha 2, quartier de la Cidade de Deus (C.D.D.), une « favela
de la favela », où aboutissent ceux qui ne peuvent même
pas vivre dans les autres favelas de Rio, il n'y a pas d'égout,
pas de toilettes, pas d'eau courante, pas de goudron pour protéger
le sol, pas de vrais murs ou de vrais toits. Cette fois-ci, c'est le feu,
parti d'un branchement électrique illégal (parce qu'il n'y
a pas d'électricité non plus), qui a ravagé ces abris.
Romuldo a désormais peur d'allumer la vieille télévision
difficilement récupérée et le four à gaz qu'il
avait installés avant toutes autres choses dans l'unique pièce
de sa maison. Jusqu’il y a peu, il était employé dans
une entreprise de nettoyage, à Barra da Tijuca, le bord de mer
dont on dit qu'il ressemble à Miami et dont on voit les buildings
depuis chez lui. Il est tombé malade et son employeur l'a licencié,
sans lui payer ses indemnités. Romuldo a porté plainte pour
le principe et, en attendant, surveille, pour quelques reais, des voitures
qui stationnent le week-end le long des plages. « Ça ne suffit
pas vraiment pour manger », lâche-t-il, laconique. Mais, né
dans le quartier des baraques, Romuldo est habitué à lutter
et, aussi, à « sair da reta do problema » (sortir de
la ligne de mire du problème).
Ce principe de survie, tous les habitants de la C.D.D. l'appliquent. Il
s'agit d'éviter tout contact, et a fortiori tout conflit, tant
avec les policiers qu'avec la minorité des trafiquants de drogue.
Les uns comme les autres imposent la terreur et le silence.
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