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Sénégal. Le hip-hop d’ALIF
Par Pierre Cherruau

Très politisée, la scène
hip-hop explose au Sénégal. Parmi les groupes émergents,
ALIF, ovni dans ce milieu machiste, est composé de trois femmes.
Des musulmanes attachées à leur culture africaine, mais
qui n’hésitent pas à en briser les tabous. Elles dénoncent
l’inceste et les femmes battues. Les faire taire ? C’est râpé…
leur deuxième album est sorti fin 2004.
Dans les quartiers populaires de
la grande banlieue de Dakar, les tags à la gloire des rappeurs
locaux ont envahi les murs. Les gamins rendent hommage aux groupes du
quartier qu’ils considèrent comme leurs nouveaux porte-parole.
Plus qu’ailleurs en Afrique, le hip-hop s’est enraciné
dans la capitale sénégalaise, peuplée de plus de
deux millions d’habitants, et qui compte
4 000 groupes de rap. Certains d’entre eux, notamment PBS (Positive
Black Soul) et Daara J, ont conquis une renommée internationale.
Même s’il s’est nourri du rap américain, le hip-hop
sénégalais s’est tout de suite fortement écarté
de sa source d’inspiration. « Le rap sénégalais
est beaucoup plus politique. Il défend la démocratie, demande
aux citoyens d’aller voter et de sanctionner les hommes politiques
corrompus. Les groupes de rap ont joué un rôle majeur dans
l’alternance démocratique de 2000, marquée par l’arrivée
au pouvoir du président Abdoulaye Wade. Ils décodent la
société à la manière de journalistes. Ils
sont souvent en avance sur le reste du pays et servent de modèle
aux jeunes. Ils osent dire des choses terribles sur le pouvoir en place
et ils ne vont pas en prison. Une situation inimaginable dans la plupart
des autres pays du continent », souligne Barka Ba, reporter au journal
sénégalais Le quotidien.
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