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Quand le reggae part en fumée.
Par Etienne
Bours

Collage: Nicolas Cap
Le reggae a-t-il encore une dimension politique
aujourd’hui, ou n’est-ce plus qu’un phénomène
de mode ? Coup de projecteur sur ce mouvement mythique, largement récupéré
par la société de consommation..
En 1982, Denis Constant publiait Aux sources du reggae, aux
éditions Parenthèses. La première phrase de son introduction
mérite d’être citée à nouveau : «
Le reggae, vu de France, apparaît au cœur d’un nuage
de signes non directement musicaux : le rastafarisme qu’on connaît
mal ; l’herbe, ou ganja, qui semble en être l’indispensable
parfum ; les nattes, les dreadlocks, devenus coiffure banalisée
dans la mode ; les couleurs - vert, rouge et or, comme le drapeau éthiopien
- des bonnets et des vêtements ; la Jamaïque enfin qui, pour
beaucoup, est née avec cette musique ».
Vingt ans plus tard, il faut reconnaître que les perceptions des
nouveaux amateurs de reggae sont sans doute revenues à la case
départ. Quand on entend les groupes de reggae « mode »
in France, balançant des textes gentiment allumés sur des
musiques paresseusement festives, on ne peut s’empêcher de
penser qu’à part l’herbe, les couleurs et, éventuellement
les dreads, la symbolique profonde de cette musique a vraisemblablement
disparu. Jamaïque, rastafarisme et politique ne font pas partie du
bagage actuel de cette expression. Du moins pas en apparence chez de nombreux
groupes qui ont renoué avec le style dans une sorte de deuxième
mode du genre.
Il faut dire que le reggae a déferlé sur le marché
occidental depuis plus de trente ans. Son histoire s’est perdue
au profit de la seule dimension musicale. On pourrait même dire
au profit d’une rythmique particulière qui fait aujourd’hui
partie intégrante du catalogue musical mondial, au même titre
que les douze temps du blues ou que les célèbres accords
de guitare du rock’n’roll. Le reggae appartient à tout
le monde, il fait partie de ce qu’un musicien peut s’approprier
dans l’énorme choix dont il dispose pour s’exprimer
en musique. Là-dessus, la mode actuelle a décidé
d’estampiller le reggae
« world music ». Une idée qui permettait aux vendeurs
de relancer un catalogue ancien toujours important, mais aussi, petit
à petit, d’accueillir tout ce qui s’approche de la
rythmique reggae, quel qu’en soit le contenu. Il ne reste souvent,
hélas, qu’une image un peu folklorique, tandis que le contexte
historique et l’environnement social de cette musique sont devenus
la partie cachée de l’iceberg.
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