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Des entreprises à responsabilité limitée
Par Benjamin Bibas
et Emmanuel Chicon

Thaïlande,
camp de réfugiés qui ont fui les exactions de l’armée
birmane, notamment lors de la construction du gazoduc de Yadana par Total.
(Photographie: Anne-Marie Impe)
Comment obliger le monde des affaires à
respecter le droit humanitaire international ? Verra-t-on, dans un avenir
proche, une personne morale condamnée par une cour d’assises
?
Au début des années 1990, ces questions auraient déchaîné
les sarcasmes. Elle font désormais l’objet d’intenses
débats entre juristes, organisations non gouvernementales (ONG),
syndicats, Etats et sociétés transnationales (STN).
Malgré leur inexorable montée en puissance
dans les relations internationales et la dépendance dans laquelle
elles placent désormais certains pays en développement,
les STN ne sont pas des sujets de droit international à l’égal
des Etats. Leur irresponsabilité découle précisément
du fait que, selon la Déclaration universelle des droits de l’Homme,
ce sont les Etats qui doivent en premier lieu assurer l’application
du droit international humanitaire (DIH). Pourtant, en théorie,
rien ne s’oppose à ce que les STN puissent répondre,
à l’instar des individus et de tous les acteurs opérant
sur un territoire donné, des violations les plus graves du DIH.
C’est tout particulièrement le cas pour les entreprises intervenant
dans des pays soumis à des violences politiques multiformes.
Curieusement, le renouvellement de la réflexion sur la nature des
conflits modernes, qui a cours au sein des grandes organisations internationales
telles que la Banque mondiale, fait l’impasse sur le rôle
que les multinationales peuvent jouer dans les crises internes, alors
que ses travaux les plus récents tendent justement « à
imposer une lecture des nouvelles formes de violence comme mode d’accumulation
économique pour les belligérants ». Dans le cas de
la Sierra Leone ou de la République démocratique du Congo,
l’exploitation des ressources naturelles par les factions combattantes
et leur écoulement sur les marchés internationaux n’auraient
pu se faire sans l’intermédiaire de compagnies occidentales.
Pyromanes de certains conflits, cautions de régimes répressifs,
les STN contribuent parfois également aux violations des droits
de l’Homme en employant, pour la sécurisation de leurs sites,
des forces étatiques (armée, police) ou des compagnies de
sécurité privées peu regardantes en matière
de droits humains.
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