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Hommage à la pensée libre
Par Anne-Marie
Impe et Jean-Paul Marthoz
Avec ce quatrième numéro, Enjeux internationaux
fête son premier anniversaire. Une année à l'actualité
bousculée, avec ses émerveillements et ses indignations,ses
rires et ses larmes, ses dogmes et ses drames. Une année au cours
de laquelle la revue a proposé une manière différente
de voir et de dire le monde, sans exclusive ni anathème, loin des
emballements médiatiques et des pensées automatiques.
Avec des collaborateurs venus de multiples horizons, soutenus par un nombre
encourageant de lecteurs et d’abonnés, nous avons voulu à
la fois refléter la diversité de notre planète et
en parler en décalé, voire à contre-courant. Afin
de privilégier l’expression de paroles libres et solidaires,
sans lesquelles il n’est pas possible d’expliquer le monde
tel qu’il est, ni souhaitable de le rêver tel qu’il
devrait être.
Avec ses attentats et ses tortures, la crise en Irak nous a brutalement
rappelé l’impérieuse nécessité de la
pensée critique. Après le 11 septembre, une trop grande
partie de la presse américaine, par calcul ou par facilité,
a suivi l’Administration Bush sans passer ses déclarations
au crible du doute et de la vérification. Aujourd’hui, elle
s’émeut et se scandalise, pour mieux nous faire oublier qu’elle
porte aussi sa part de responsabilité. Assoupie et suiviste, elle
n’a pas joué le rôle qui aurait dû être
le sien dans une démocratie : garder une saine distance face au
pouvoir et donner suffisamment la parole à ceux qui contestaient
le discours officiel.
« Critiquer son pays, c’est lui rendre un service et lui faire
un compliment », déclarait en 1966, en pleine guerre du Vietnam,
William Fulbright, président de la commission des Affaires étrangères
du Sénat américain. « C’est lui rendre service
parce que la critique peut pousser le pays à faire mieux ; c’est
lui faire un compliment car c’est croire que le pays peut mieux
faire. La critique est davantage qu’un droit, c’est un acte
de patriotisme ».
A l’occasion de ce premier anniversaire, nous voulions rendre hommage
aux « dissidents ». Mais aussi aux « dissidents de la
dissidence », car la tentation est grande de répondre à
la « pensée unique » par une autre pensée tout
aussi formatée et prévisible. Hommage donc à la polyphonie
des voix démocratiques, cet affrontement d’idées et
de points de vue qui exprime la complexité de nos sociétés.
Hommage à tous les esprits indépendants qui refusent le
prêt-à-penser idéologique, s’engagent sur les
chemins de traverse et prennent les autoroutes du conformisme à
contresens. Pour construire un monde où la liberté ne servira
pas de prétexte à l’inégalité, et la
justice sociale de paravent à la dictature.
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